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Feuilles d'automne

Venez armés, l'endroit est désert...
June 27

This is the end...

Voilà. Cela fait un bon moment que j'y pense. Et voici que ma vie au sein de l'Education nationale s'achève. Comme le savent mes amis et proches, j'ai soutenu il y a peu un M2 d'Histoire sur "Les Lorrains et la famille ducale (1735-1749)" en Sorbonne. J'ai obtenu un 18, ce qui me contente plutôt et marque la fin de mes études. Il s'agit maintenant de trouver du boulot.
 
L'homme ayant besoin de symboles, j'ai décidé de mettre fin à ce blog. Je n'en enlève rien, mais je le stoppe. De toute façon, personne n'y passait jamais. Sans doute dans les jours prochains j'ouvrirai un autre blog sur un autre serveur plus maniable que celui-ci.
 
 
A bientôt peut-être.
March 07

Mise en sommeil

Bon ben les gens, en ce moment, je suis plus que débordé, je n'ai le temps de rien et mon mémoire n'avance pas autant que je le voudrais, donc je mets ce blog en sommeil pendant quelques mois... Retour en juillet je pense, guère avant.
 
 
Je reviendrais juste peut-être remettre à jour ce compteur sympathique:
 
 
 

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January 08

Toi aussi, paies des cours d'Histoire à ton président

Ce jour, Sarkozy a prononcé une conférence de presse dont on pensera ce qu'on voudra selon ses opinions. Mais alors, quel con! Comment a-t-il pu, en toute conscience, répondre sur un ton aussi pédant à M. Joffrin en prononçant une énormité aussi énorme que "La monarchie, ça veut dire héréditaire"... *silence lourd de sens*
 

FRANCHEMENT, il faut payer au président un manuel d'Histoire de base! Ou il apprendra, avec des petits yeux ronds ébahis, que la monarchie n'est pas, loin s'en faux, synonyme d'héréditaire! Il découvrira alors qu'hors de France, même sous l'Ancien Régime, d'autres pays existaient. Que l'un d'eux, qui existe encore, s'appelait la Pologne, qu'elle avait à sa tête un roi... élu! Etonnant non? Et même qu'une fois, c'est un futur roi de France (Henri III) qui a été élu roi de Pologne.
Et que l'Empereur était également élu. Ah mais non, ne lui parlons pas d'Empire, pour lui, il n'y en a sans doute jamais eu qu'un seul, celui de Napoléon!
 
 
En résumé Sarkozy: Arrogance 20/20, Histoire 0/20!
 
 
 
 
December 27

Disparition de Jaan Kross

Jaan Kross est mort. Il était, sans doute, le plus grand auteur estonien, et l'un des plus grands d'Europe. Il est traduit en français, de façon plus que satisfaisante, même si ses livres n'ont jamais eu ici un succès fulgurant. Evidemment, il écrivait des romans historiques de qualité, lui. Pas comme Gallo ou Jacq... Et il parlait d'Allemagne, de Russie, d'Estonie, pas de sujets battus et rebattus sur lesquels il est si facile de se faire de l'argent (n'est-ce pas monsieur Gallo?). Son nom a même été proposé pour le prix Nobel, c'est dire. Et ça n'aurait été que justice, hélas, l'Estonie attendra encore avant d'avoir son premier prix Nobel.

Kross était l'auteur d'une oeuvre de très grande tenue, explorant les rapports entre morale et pouvoir, souvent dans le contexte estonien d'un peuple en proie aux avidités territoriales de ses voisins germaniques ou russes. C'est une oeuvre à lire et à découvrir, qui mérite plus que le détour.

 

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Jaan Kross (source: www.etv24.ee)

J'avais dit un mot ICI de son livre Le départ du professeur Martens.


 

December 23

Julien Gracq, départ pour les Syrtes éternelles

C'est sans doute un peu grâce à ce géant des lettres françaises qui vient de disparaître et auquel je consacrais voici à peine un mois quelques mots, que je dois d'essayer, parfois, d'écrire, avec bien moins de talent que lui bien sûr. Merci à lui.

Julien Gracq avait toujours été discret, c'est tout à son honneur, et pourtant, la trace qu'il a laissé dans la littérature française demeurera toujours particulièrement forte. Ecrivain des marges, du poids de l'histoire, d'une géographie intime, Julien Gracq mérite d'être lu et relu. Je ne trouve pas les mots et je n'arrive pas encore à vraiment y croire...

 

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Julien Gracq
(1910-2007)

December 13

J'ai des doutes...

Yvan Colonna est un assassin. Nicolas Sarkozy l'a dit. La veuve du préfet assassiné, qui n'a rien vu, l'a dit aussi. Tous les journalistes l'ont dit. Tout le monde le croit et ceux qui pensent l'inverse sont de méchants nationalistes corses qui veulent faire éclater la République. Soit.
Désormais, il vient de prendre perpétuité pour cet assassinat, c'est donc officiel il est l'assassin qui a tué le préfet Claude Erignac un jour de 1998. On ne doit pas contester cette vérité officielle.
 
Et pourtant... je ne sais pas pourquoi, j'ai de sérieux doutes.
 
Je ne suis pas corse, je suis lorrain. Je n'y ai aucune famille et n'y ai même jamais mis les pieds. Je crois en la République française, au moins autant que la plupart des gens. Et pourtant je doute de tout cela. Je ne crois pas, très sincèrement, en la culpabilité de cet homme.
 
Reprenons les éléments qui sont venus à notre connaissance:
- 5 personnes ont vu la scène de l'assassinat ce 6 février 1998. Aucune n'a reconnu Yvan Colonna...
- Le commando meurtrier était composé, selon les témoins, de 2 personnes, qui ont avoué et son en prison. Pas de trois...
- Le médecin légiste a dit que le tireur devait mesurer autant que le préfet, soit 1,83 m. Yvan Colonna fait 1,72 m...
- Yvan Colonna n'a été mis en cause, à l'origine, que par les "aveux" d'autres nationalistes. On sait ce que valent les aveux de "repentis" ou assimilés (d'ailleurs, on a pas entendu cette chère Mme Fred Vargas défendre Colonna cette fois... ben oui suis-je bête, Colonna n'est pas Battisti, ce n'est pas un homme d'extrème-gauche, il n'écrit pas de romans, et il n'est même pas sûr qu'il soit un meurtrier).
- Une empreinte relevée lors du vol de l'arme du crime n'est pas celle de Colonna.
 
En gros, aucune preuve matérielle n'accuse Colonna. Les seuls éléments qui ont, objectivement, permis sa condamnation sont l'intime conviction de la veuve et de Sarkozy et sa fuite quand on est venu l'arrêter. C'est léger, très léger.
 
Moi je ne crois pas à cette culpabilité avec si peu de choses. Il devrait bénéficier du doute.
 
J'ai peur qu'on ne soit face à une des plus grandes erreurs judiciaires de ces dernières années. Je ne crois pas que Colonna soit un type forcèment très recommandable, mais je crois qu'il est innocent du meurtre dont on l'accuse.
 
 
 
Colonna a fait appel de cette condamnation à perpétuité. Espérons que lors du procès en appel, le juge aura le courage de voir que les faits sont moins solides que les ordres venus "d'en-haut", là où un ancien ministre de l'intérieur devenu président proclamait contre toute présomption d'innocence que Colonna était l'assassin. Et à lui, personne n'a fait de procès...
 
December 10

Droits humains: paroles, paroles...

Le discours
 
"Je crois à l’identité de la France qui est faite de principes et de valeurs qui se sont forgées au cours d’une très longue histoire. Je crois que ces valeurs sont universelles, qu’elles expriment une grande idée de l’homme et qu’elles ne sont pas négociables."
Nicolas Sarkozy, 30 mars 2007
 
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Biens belles phrases... Mais attendons la suite.
 
Les faits
 
Attentat dit de Lockerbie: 270 morts. Perpétré par les services secrets libyens sur ordre du Colonel Kadhafi.
Attentat contre le vol 772 d'UTA: 170 morts. Perpétré par les services secrets libyens sur ordre du Colonel Kadhafi.
Extrait du rapport d'Amnesty International concernant la situation des droits humains dans le havre de démocratie dirigé par Kadhafi depuis 40 ans. 
 
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Merci Colonel! Pensif
 
Les actes
 
Après la trop médiatique affaire des infirmières bulgares, où Kadhafi a fait preuve d'une immense mansuétude en octroyant la liberté à ses otages... il fallait lui rendre la monnaie de sa pièce, et prouver que son régime odieux et meurtrier n'était plus un paria (vu qu'il avait donné beaucoup d'argent pour faire pardonner le terrorisme... Ben Laden ne risque rien s'il est attrapé donc, il lui suffira de vider son compte en banque, et on oubliera le 11 septembre... Aucune moralité, mais passons...).
Donc, depuis ce lundi, le "Guide Suprème" est l'invité de la France et du président Sarkozy, celui-là même qui critiquait implicitement Chirac en expliquant que les droits de l'Homme n'étaient pas négociables. Il aurait dû ajouter: pas négociable pour les pays non-pétroliers et ne souhaitant rien acheter à la France, alors là oui, vous allez voir, avec le Lesotho on va être très sévères, et la Mongolie a intérêt à se tenir à carreau! Quelle blague! Ce serait drôle si ce n'était pas aussi grave. Et moi, la visite de ce mec en France, ça m'énerve. Mais Sarkozy n'a pas beaucoup de courage, croyez-moi, il ne va pas parler de droits de l'Homme, mais démontrer une fois de plus qu'ils sont solubles dans l'économie. Du Chirac, mais en encore pire! Et par dessus tout ça, les parlementaires UMP très contents, et M. Kouchner qui prouve qu'il n'est devenu qu'un pitre médiatique à la morale élastique n'a pas cru bon de critiquer cette visite de façon aussi virulente qu'il aurait fallu! Et ça se dit de gauche?
L'inoubliable Raffarin quant à lui a déclaré sans honte: "Les infirmières bulgares, cela vaut bien une visite". Bien sûr, et pour libérer Ingrid Bétancourt on offre quoi? Une gâterie prodiguée par notre cher président lui-même à tous les rebelles des FARC?
 
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D'ailleurs, on vient d'apprendre que Kadhafi vient d'acheter 21 airbus et un accord de coopération nucléaire... Super, ça c'est rassurant! 

L'honneur
Heureusement, deux ou trois personnes relèvent le niveau au moins un peu:
 
Rama Yade:
"la France n'est pas seulement une balance commerciale"
"Je ne pense qu'on puisse se contenter d'une déclaration de virginité du colonel Kadhafi pour lui signer un chèque en blanc. Il faut lui demander des garanties"
"Pourquoi arrive-t-il un 10 décembre, Journée mondiale des Droits de l'homme" "une journée que personnellement je prépare depuis ma prise de fonction". "Je me retrouve avec une journée des droits de l'homme sur les bras et Kadhafi sur le tarmac d'Orly. Pour moi, c'est un problème, mais c'est comme ça. Cela doit être un oubli".

* François Bayrou:
"Je demande à tous les députés qui ont une idée de ce que la France doit être dans le monde de ne pas se prêter à la mascarade d'Etat qu'on est en train de préparer"
Moammar Kadhafi est un "dictateur sanguinaire", auteur d'"actes terroristes parmi les plus horribles des dernières décennies" et de "prises d'otages"
"Si c'est ça la respectabilité, où est la France des droits de l'Homme?"
"Le président de la République place la France dans une situation extrêmement troublante, profondément choquante"
"Je ne crois pas que ce soit par l'accord avec les dictateurs que la politique économique de la France va se reconstruire"
"Du côté de l'UMP on dit 'carnet de chèques, carnet de chèques, carnet de chèques'", a fustigé l'ancien candidat à l'élection présidentielle. "Il suffit qu'il y ait du pétrole ou du gaz dans une de ces dictatures-là pour qu'aussitôt on s'abaisse (...), ça n'est pas parce que des régimes honteux ont comme ça des coffres-forts qu'on devrait plier le genou devant eux"

* François Hollande et Ségolène Royal:
Sarkozy "sera donc très heureux de recevoir un dictateur", un "dictateur qui s'est compromis dans des actes terroristes", a déploré M. Hollande, un "dictateur qui justifie encore aujourd'hui le terrorisme", "qui vient ici avec ses pétrodollars acheter des armes".
Sur Canal +, l'ex-candidate Ségolène Royal a jugé "tout simplement odieux, très choquant, même inadmissible que la France aille cautionner un système de tortures en prison". "Faut-il se mettre à genoux devant les intérêts financiers?", a-t-elle demandé.

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November 18

D'un autre monde

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Israël Joshua Singer est le frère du prix Nobel Isaac Bashevis Singer, dont Sakhti nous a donné tant de critiques « qui donnent envie ». Il est beaucoup moins connu et a vécu beaucoup moins longtemps. Il n’en reste pas moins que son œuvre, bien que plus restreinte que celle de son cadet, est d’une très grande qualité. Ecrivant également en yiddish, également à partir de thèmes juifs traditionnels en Europe centrale, il a construit une œuvre à la portée universelle.
 
Ici, dans ce magnifique livre, c’est son enfance qu’il entreprend de raconter avec brio. Ses souvenirs d’enfance comportent bien sûr des dimensions personnelles, mais surtout et avant tout, composent une fantastique galerie de personnages invraisemblables ou simplement touchants, à commencer par son père, un rabbin peu orthodoxe (il n’est pas officiellement rabbin pour avoir refusé l’examen de langue russe, rendu obligatoire par l’administration tsariste) qui est à la tête d’un petit shtetl haut en couleur.
Chez lui, la vie est triste, car la Torah que tout le monde tout le temps autour de lui est censé étudier sans cesse et qui doit apporter la joie, car « la Torah est douce », n’apporte que de la tristesse et de l’ennui au petit Yoyshiélé, qui marque peu de passion pour l’étude et préfère raoûer avec les petits juifs pauvres et crasseux des rues. Et puis il y a les autres, les maîtres d’écoles qui se succèdent, tous plus bizarres les uns que les autres, usant les uns des coups de règles à tout bout de champ, les autres pétant les plombs ou au contraire, trop « caressants » avec les enfants. Tout le petit monde du shtetl, en vase clos, quelques goys tout droit sortis de romans russes et qui se laissent aller parfois à tenter un pogrom, etc…
 
C’est le monde magique de son enfance que nous présente l’auteur, une enfance qui ne fut ni exceptionnelle ni sinistre, mais dont le souvenir et la nostalgie évoquent une toute autre époque, lointaine et reculée. Singer est un homme qui se souvient et qui témoigne de ce qu’était ce monde selon lui déjà disparu. Heureusement peut on dire, il est mort en 1944 aux Etats-Unis, et n’a pas vu de quelle façon les nazis avaient, à tout jamais, fait disparaître ce monde yiddish si particulier…

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November 16

Chavez apprenti dictateur

Je ne sais pas pourquoi, mais Chavez est le héros d'une certaine gauche extrème en France. Et ça m'énerve. Sous prétexte que ce guignol s'oppose aux Etats-Unis, il serait fréquentable, démocrate et à la limite de l'odeur de sainteté. Il faut arrêter avec ces mensonges! Chavez est un dictateur en puissance, qui joue de sa manne pétrolière, et utilise le populisme le plus éhonté pour se faire élire et réélire. Ces derniers temps, celui qui se voudrait un nouveau Bolivar et qui n'est qu'un futur Castro a multiplié les signes inquiétants: rencontres approfondies avec des dirigeants très sympathiques: Castro son grand copain le démocrate cubain, Ahmadinedjad l'humaniste iranien et Loukachenko le poilant droit-de-l'hommiste biélorusse... Que du bon, que du grand, que du démocrate de haute volée. Qui plus est, il veut maintenant modifier la constitution pour pouvoir être réélu indéfiniment... Même Poutine n'a pas osé en faire autant, c'est dire.
 
Et puis, il y a ces provocations incessantes, stupides au point de montrer une pensée et une intelligence politique et diplomatique proche du néant. La dernière en date l'a opposé au roi d'Espagne. Chavez invectivait les espagnols Zapatero (premier ministre) et Juan Carlos Ier, le roi, en traitant le prédécesseur dudit Zapatero, monsieur Aznar, un homme au demeurant peu sympathique, de "fasciste" et en l'insultant de divers noms d'oiseaux. Zapatero a déjà râlé gentiment mais fermement en demandant du respect pour son prédecesseur. A la fin, le roi, excédé, a demandé à Chavez "Pourquoi tu ne tais pas?", et, blême de rage, est sorti de la conférence internationale où se trouvaient tous ces personnages. On a beaucoup glosé sur la colère du roi d'Espagne, mais je pose la question: Du côté de qui se ranger, entre ce roi, qui a la base devait être une pâle copie de Franco (authentiquement fasciste celui-ci), qui a, en trente ans, démocratisé son pays, résisté à un coup d'état d'extrème-droite, fait entrer son pays dans l'Union Européenne, dans l'euro, et lui a redonné une stature internationale qu'il avait perdu depuis longtemps, réconciliant au passage l'Espagne avec elle-même et parvenant à faire accepter la monarchie à tous; et cet obscur Chavez, militaire de rien du tout, arrivé au pouvoir par un putsch, qui faillit tomber par un putsch, qui recherchent des alliances auprès des pires dictateurs de la planète et qui, à l'instar des soviétiques à l'époque, traitent tous ses adversaires de fascistes? Pour ma part, je n'hésite pas, et c'est au roi d'Espagne, qui est réellement un grand homme et l'opposé d'un fasciste, que je donne mon admiration et mon respect.
 
 
Voici la vidéo, pour vous faire une idée (à la fin, le moustachu qui surenchérit, c'est Ortega, le président du Nicaragua):
 
 
November 15

Littérature des confins

J’ai, enfin, relu le merveilleux « Rivage des Syrtes » du très-admiré et très-admirable Julien Gracq. C’est un bonheur toujours renouvellé que de se plonger dans les circonvolutions de ses phrases si précieuses, ornées de ci de là de mots rares.
Alors que dire sur ce livre, sur lequel on a déjà, sans doute, tout dit ? Rappeler l’histoire est une gageure, mais faisons-le tout de même.

Explorant sur un mode un peu différent la thématique de l’attente tendue, des confins, du rôle du personnage dans le contexte historique, déjà travaillée par Buzzati dans le Désert des Tartares et Jünger dans Sur les falaises de marbre,Gracq dresse quelques portraits des personnages entourant Aldo, le jeune militaire idéaliste de la Seigneurie d’Orsenna, sorte de République aristocratique . A peine sorti de sa formation, Aldo a choisi comme première affection les Syrtes, région perdue au loin dans les confins de la Seigneurie d’Orsenna, et dont la côte qu’on imagine quelque part entre lido et mangrove, fait immédiatement face aux sables du Farghestan, l’ennemi juré, en guerre très endormie avec Orsenna depuis trois siècles. Mais à Orsenna et à Maremma, la capitale des Syrtes, les choses changent et les bruits, inssasissables et fugaces, commencent à courir. Par delà cette histoire, Gracq pose les interrogations essentielles sur le destin, le rôle qu’on joue dans l’histoire, les pays usés, et trace par touches estompées de multiples références historiques ou littéraires savoureuses.

Pour ce qui est de la langue, du « style », il est travaillé, non pas « à l’extrême » comme on le lit parfois, mais juste ce qu’il faut pour en faire, depuis plus de cinquante ans, un classique contemporain. Ce qui est statut plus que mérité, tant Gracq parviens, avec une histoire où il se passe objectivement peu de chose et avec une langue nécessitant tout de même une grande attention, à nous tenir en haleine durant plus de 300 pages.

Un chef-d’œuvre éternel, à relire.
 
 

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October 22

Le prix Nobel... de l'an passé

Retour en quelques mots sur le superbe et très profond livre "Neige", d'Orhan Pamuk, romancier turc et prix Nobel en 2006:
 
 
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Ka est poète. Et journaliste. Partir à Kars, ville du fin fond de la Turquie, où des jeunes filles voilées se suicident, relève d’une démarche de journaliste bien sûr. Et de poète. Il part y enquêter sur ces faits divers, sur la politique, dans une ville déchirée entre islamistes et ataturkistes. Et aussi, il en a la certitude, il part trouver l’amour d’une femme, qu’il ramènera avec lui à Francfort.

Voilà le sujet, « en gros » de ce roman monumental d’Orhan Pamuk. S’ensuivent plus de 600 pages, denses et remarquablement écrites (et traduites), nous narrant les quelques journées de Ka sur place, entre réunions islamistes, propos de jeunes filles et jeunes garçons désorientés, thé pris dans ces maisons de thé typiquement turques, les çayhane et quelques propos sur les arméniens et la diversité culturelle. De plain-pied dans la politique de son pays, tiraillé entre laïcs, islamistes, Europe, Moyen-Orient, Pamuk n’écrit pourtant pas un livre politique. Il décrit, dresse un portrait de ce pays-pivot, en proie à de sérieux malaises. A chacun ensuite d’en tirer les conclusions qu’il jugera bon de tirer.

Ce livre est remarquable par sa portée « politique » au sens noble du terme, mais également par son écriture : labyrinthique mais toujours claire pourtant, foisonnant de détails sans jamais tomber dans l’ennui, d’une finesse psychologique particulièrement aigue sans toutefois se départir d’un constant souffle romanesque… Ce livre est un chef-d’œuvre.
 
 

"J'écris parce que je crois comme un enfant à l'immortalité des bibliothèques" O. Pamuk

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(Orhan Pamuk reçoit le Prix Nobel de Littérature le 10 décembre 2006 à Stockholm. © The Nobel Foundation 2006)

October 10

L’origine du mal

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Les enfants sont dangereux. Quiconque a observé une cour de récréation avec un soupçon de lucidité n’a pu que se rendre compte de la géhenne de bas instincts, de petites veuleries et de grandes cruautés qu’elle représente.

Et Golding, qui est un pessimiste achevé, qui traque dans ce groupe d’enfants tout ce qu’il y a de plus « british » abandonnés à eux-mêmes sur une île déserte, l’origine du mal qui ronge l’humanité. Il décèle ce mal inhérent à l’espèce humaine dans la sauvagerie ordinaire dans laquelle retombent ces enfants, malgré tous leurs principes et leur organisation héritée des collèges anglais.

Dès les premières dissensions internes, leur belle organisation mise en place en attendant des secours vole en éclat. Des rivalités apparaissent et bientôt c’est la scission, puis la guerre, qui fera deux morts.

Alors que dire de ce roman, trop souvent classé dans le rayon enfants ? Ce n’est certes pas inutile pour un enfant ou un ado de le lire, mais je suis persuadé que par sa dureté et ce qu’il entrevoit de l’âme humaine hors des carcans sociaux et sociétaux, ce roman est plus proche de l’œuvre noire d’un Cioran que de celle d’un Jules Verne ou de la dame qui écrit Harry Potter et dont le nom m’échappe en ce moment précis.

C’est vraiment un ouvrage à lire, qui double le roman d’aventures d’une réflexion à la hauteur de nos faiblesses et nos cruautés. Qui chez les enfants s’expriment tellement plus facilement…

  


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(Sir William Golding)

October 02

Initiation à l'ethnographie

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Cette année, Germaine Tillion a eu 100 ans. Un siècle d’une vie incroyable, sur laquelle de bons travaux existent déjà. On a beaucoup insisté sur les engagements de Germaine Tillion, sur sa résistance ainsi que sur la douloureuse expérience de la déportation à Ravensbrück. On parle moins de son œuvre, pourtant novatrice et foisonnante, dans le domaine de l’ethnologie.

C’est l’ambition de ce livre que de faire découvrir, à travers ses souvenirs des années 1930 passées à parcourir les Aurès pour étudier les berbères chaouis. Toutes les notes ou presque liées à ces expéditions pour son travail de thèse ont disparu à Ravensbrück, mais, consultant les rares papiers qui lui reste ainsi que sa mémoire très sûre, elle nous offre un livre intelligent et jamais trop complexe, où elle pose à la fois des éléments intéressants pour qui veut mieux connaître les tribus berbères, mais aussi pour comprendre ce qu’est un travail d’ethnologue, cette branche si riche des sciences humaines.
 
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Le tout est agrémenté de réflexions sur sa démarche scientifique ainsi que sur les liens d’amitié profonds qu’elle a pu tisser avec ces populations. Parfois, elle insuffle à son propos une dimension encore plus large en lui donnant des dimensions plus vastes que celles des seuls Aurès, expliquant certaines constantes des populations humaines ou leur originalité, traitant aussi bien d’Islam, d’organisation patriarcale (cassant d’ailleurs quelques mythes sur la relation entre ces deux derniers, en démontrant que les traditions de domination des femmes dans ces régions du monde sont très antérieures à l’Islam qui à contribué à donner une place notamment en matière d’héritage, à la femme), de la sagesse des « Grands-Vieux », etc.

Un livre passionnant de bout en bout, à découvrir.
 
Pour plus d'information sur Germaine Tillion, voir ce billet que je lui consacrais il y a quelques mois.
September 26

L'amour n'a pas d'âge...

Je suis un imbécile, je ne connaissais pas André Gorz. Et je le regrette. Sa philosophie m'intéresse peu, qu'il ait fondé le Nouvel Obs avec Jean Daniel également.

Mais quelqu'un qui a écrit un livre pour sa femme qui commence par ces mots:
« Tu vas avoir quatre-vingt deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu est toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait 58 ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien »
mérite respect et reconnaissance.
C'est si beau, si touchant, si sensible et plein d'amour. Le double suicide récent d'André et Dorine Gorz prend alors tout son sens. Les derniers mots du livre sont: «Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes dit que si, par impossible, nous ­avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble.»
 
Je n'ai pas lu le livre dont ces extraits sont tirés (Lettre à D., Histoire d'un amour), mais je le ferai, tant ces mots me touchent... 
 
  

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September 19

Pourquoi sommes-nous chrétiens?

Paul Veyne est un historien à la fois de grande qualité et facile à lire, ce qui n’est pas si courant dans cette profession. Cet ouvrage ne fait pas exception à la règle. Il y pose une question partant d’un constat simple : comment la religion chrétienne, création récente et largement minoritaire au sein de l’Empire romain (environ 10% de la population), a-t-elle pu devenir la religion de la majorité et s’imposer en à peine un siècle, le IVe s. Le tout sans aucune obligation de conversion ni aucune persécution anti-païenne.

Bien sûr, il évoque la figure de Constantin, l’empereur chrétien, s’interrogeant sur les motifs de sa conversion, au-delà de la légende et du simple calcul politique, en se plaçant ouvertement dans une perspective de sincérité de l’empereur. Sincérité mêlée de mégalomanie : « à ce grand empereur il fallait une grande religion ». Il explique les mécanismes et les paradoxes du règne de Constantin de façon très convaincante et particulièrement fine.
 
Interrogeant ensuite des textes anciens et parfois un peu oublié (Eusèbe, Saint-Cyprien, etc), il brosse un portrait du IVe s., en montrant les grandes articulations et ruptures au sein des populations et des empereurs, de Constantin à Théodose. Et il explique le succès du christianisme de façon nuancée, en démontrant la force du « faire comme tout le monde ». Tout en subtilité, comme le réclame l’histoire, il explique comment on passe de la religion personnelle d’un empereur qui a choisi une secte d’avant-garde à une religion qui fait plus que largement jeu égal avec le paganisme.
 
Seul bémol, sa dernière partie, toujours aussi intelligente dans la démonstration, tente de relier son travail d’historien du bas-empire romain avec des débats et controverses récentes (en particulier sur les « racines chrétiennes »). De mon point de vue, malgré l’intelligence de cette partie, elle paraît un peu artificielle et en aucun cas indispensable à cet ouvrage. 
 
 

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